Lors de notre plongée à l’île d’Or, nous avons pu observer la surprenante diversité des formes de vie.
D’impressionnants bancs de sars se muaient dans des paysages marins abritant mollusques opisthobranches, poissons en tout genre,
vers tubicoles ou encore les grandes gorgones bleues, qui apparaissent rouges lorsqu’elles sont éclairées…
L’île d’or et sa tour dont on dit qu’elle aurait inspiré Hergé pour l’album de Tintin, L’Île Noire.
La plongée s’organisait autour de trois pitons rocheux.
Gorgones sur un tombant
Sur le flanc de l’un, nous fîmes la rencontre avec les gorgones bleues, par 25 mètres de fond. Ces gorgones se rencontrent en général à une profondeur plus importante.
Nous vîmes également trois poulpes, dont deux qui se terraient l’un à côté de l’autre, se protégeant de roches qu’ils collaient à leurs ventouses.
Gorgone rouge Paramuricea clavata Ces grandes gorgones bleues, apparaissent rouges lorsqu’elles sont éclairées.
Lors de notre exploration, nous avons rencontré de nombreux nudibranches. C’est l’occasion pour nous de vous parler de 3 espèces parmi les plus communes de Méditerranée :
Tout d’abord, qu’est-ce qu’un nudibranche ?
Les nudibranches sont de petits animaux qui appartiennent aux opisthobranches, et qui font partie de la classe des Gastéropodes. Ces Gastéropodes font partie des Mollusques, le second embranchement le plus important du Règne animal, après les Arthropodes (insectes, crustacés…) ! Et pourtant ces opisthobranches sont bien peu connus ! On parle ainsi de mollusques opisthobranches. « Opistho » signifie « en arrière », donc littéralement « Branchies en arrière du cœur », par opposition aux Prosobranches tel que le bigorneau : « Branchies en avant du cœur ». Les opisthobranches comprennent ainsi deux grands groupes : Les nudibranches et les tectibranches. Les tectibranches possèdent tous une coquille plus ou moins développée, tandis que les nudibranches n’en ont jamais (« nudi » = « nu », donc les « Branchies nues »). On rencontre également les hétérobranches, qui peuvent avoir, ou non, une coquille. Ils peuvent ainsi ressembler aux tectibranches ou aux nudibranches. On distingue chez les nudibranches les Doridiens (ex : Les Doris) et les Aéolidiens (exemple : Les flabellines).
Les flabellines mauves, ou Flabellina affinis,se trouvaient sur les hydraires dont elles se nourrissent : les eudendrium ramosum. Ces flabellines sont parmi les plus communes : Nous en avons rencontré au moins cinq lors de la plongée. Leur taille varie entre 10 et 40mm, et leur corps est emprunt d’une belle couleur lilas. Elles sont communes dans le coralligène méditerranéen et sur les hydraires, de juillet à septembre. La ponte est méandriforme, de même couleur que les téguments. Ancien nom : Flabellina flabellina, Vérany, 1846.
Flabelline mauve Flabellina affinis
Les Flabellines hervia possèdent de nombreuses appellations : hervia processionnaire, ou Cratena peregrina. Elles sont parmi les espèces les plus communes du coralligène et se retrouvent, tout comme Flabellina affinis, sur les hydraires de mars à septembre. Nous en avons observé deux lors de la plongée, qui se nourrissaient d’hydraires en compagnie d’une Flabellina affinis de taille plus imposante. De loin, on peut les confondre avec les flabellines mauves. Mais si vous désirez identifier correctement les nudibranches, il convient de s’intéresser à chaque détail de l’animal. En effet, les hervia costai (nom donné par Haefelfinger en 1961) se reconnaissent facilement grâce aux deux tâches superficielles orangées observables en avant des rhinophores (tentacules dressés à l’avant du corps ayant un rôle olfactif). Leur taille varie entre 10 et 30mm. Les tentacules tactiles sont très longs et effilés. La ponte est méandriforme et de couleur plutôt blanche.
Flabelline sur une hydraire Flabellina hervia
Les doris dalmatiens, ou Discodoris atromaculata, anciennement appelés Peltodoris, sont une espèce endémique de Méditerranée qui se reconnaît très facilement à ses tâches brunes sur fond blanc, à l’image des chiens dalmatiens. Leur taille est comprise entre 20 et 100mm. Ils se nourrissent de l’éponge petrosia ficiformis, plus communément appelée éponge pierre. A la différence des deux espèces précédentes, le doris dalmatien n’est pas une flabelline, mais un doris : La branchie est en forme de rosette autour de l’anus, tandis que les aéolidiens présentent de nombreuses papilles (cerata) simples ou ramifiées sur les côtés du corps. Le doris dalmatien est le plus commun des doridiens du coralligène méditerranéen. La ponte est blanche, en forme de ruban spiralé.
Doris Dalmatien Discodoris atromaculata
Discodoris atromaculata est un grand doridien qui peut atteindre 12 cm de long. Son corp est ovale, son manteau coriace au toucher est blanc parsemé de nombreuses grandes et petites taches brunes qui rappellent la robe des dalmatiens. Ses rhinophores et ses huit branchies sont rétractiles. Souvent en groupe de deux ou trois individus, c’est un nudibranche que l’on rencontrera depuis la surface, sur les roches, ou, plus souvent, sur l’éponge Petrosia ficiformis dont il se nourrit. Le doris dalmatien vit en Méditerranée et en Atlantique proche de la Méditerranée, au nord, jusqu’à la côte Basque.
Ponte de Doris dalmatien
En plus des nudibranches, cette plongée à l’île d’Or a été pleine de rebondissements. Nous avons fait la rencontre d’un grand spirographe de Méditerranée, et, au milieu même de la plongée, un gros denty est sorti du bleu pour nous observer. Mais le clou du spectacle s’abritait dans une petite crevasse d’un des pitons rocheux. Nous distinguâmes tout d’abord deux araignées de mer qui s’y abritaient. En regardant mieux, je vis une petite rascasse rouge. Puis deux. Puis trois ! Et tout au fond de la crevasse se reposait une belle rascasse brune de plus grande taille. Six animaux des plus recherchés dans un même abri ! Incroyable tout ce qu’on peut observer dans une plongée de 45 minutes, non ?
William Zylberman
Bibliographie : 1000 & une limaces de mer, Nardo Vicente, éditions gap.